Florentine Mourcou et le mythe fondateur


Dans Mon Journal de Bord de Master, Marie Printemps partage ses rencontres avec les thérapeutes qui participent à ses recherches. Ses articles montrent à la fois son cheminement de chercheuse et permettent de découvrir le contenu de son travail et de celui, concret, de celles et ceux qui utilisent donc mythologie et archétypes dans le cadre de leur métier.  


 

Florentine MOURCOU est une thérapeute lilloise, ancienne infirmière qui aime prendre soin des autres. Dans sa thérapie, elle utilise plusieurs outils qui lui permettent d’accompagner le processus de ré-harmonisation de l’individu. Son approche thérapeutique est transpersonnelle : elle aborde l’individu dans sa globalité, physique, émotionnelle, mentale et spirituelle.

 

Florentine, comment utilises-tu la mythologie ?

 

Je l’utilise notamment dans l’astrologie mais aussi dans le cadre du mythe fondateur que je propose à mes patients lors de la 4ème séance.

 

Qu’est-ce qu’un mythe fondateur ?

 

Le mythe fondateur de la personne, c’est pourquoi la personne s’est incarnée, pourquoi l’âme est revenue. Je pars des écrits Jungiens. Nous sommes tous plus ou moins interconnectés. Il y a des grands mythes qui ont traversé les temps et on se rend compte que les personnes, sans les connaître, étant de tous milieux sociaux, ont cette empreinte de mythe par rapport à la Terre, à tout ce qui a été vécu etc. Cela fait partie du processus du patient, mais je ne le fais pas systématiquement, je le fais surtout aux personnes hypersensibles qui sont en quête de sens. D’autres sont vraiment là pour des problèmes précis, alors que d’autres sont là pour acquérir un sens de vie. On sent que quelque chose les dépasse. Il y a quelque chose en eux qu’ils n’arrivent pas à comprendre et donc le mythe fondateur intervient dans ces cas de figures. Ils peuvent vivre au quotidien avec leur mythe pour que leur vie ait du sens.

 

Comment définis-tu ce mythe fondateur ?

 

C’est un protocole. C’est comme un rêve éveillé (sur cerveau droit plutôt). La personne détient en elle l’humanité, comme tout le monde, donc on s'y connecte. À partir de cela va découler son mythe fondateur. Je remonte au niveau de l’enfance, au niveau de la naissance etc. Je parle des réincarnations et je remonte enfin jusqu’au big bang (au dieu Zeus). En effet, lorsqu’on s’incarne, on a tous son propre mythe. Le rêve éveillé dure 5-10 minutes seulement mais ce qui en découle peut être plus long. Mais il ne faut pas que le cerveau gauche, le rationnel, prenne trop de place. Avant la séance j’envoie le message à l’inconscient : « pourquoi la personne est venue sur Terre. ». Ensuite, à la fin de la séance, je fais ce rêve éveillé. Ce sera plus facile pour le patient de répondre à la question car j’ai « préparé » son inconscient en amont à délivrer ce message. À la fin du rêve, je lui demande de me dire le premier mot qui lui vient à l’esprit. Ça peut être un mot très incongru, les réponses sont très variées, et ensuite nous discutons ce mot. Parfois cela peut être limpide comme cela peut être plus compliqué à comprendre sur le moment selon les personnes. Il y a beaucoup d’incarnations qui sont ici pour que le féminin puisse prendre toute sa place. En effet, on est dans une société très yang où le yin n’a plus de place et je rencontre beaucoup de patients qui sont là pour rétablir cet équilibre perdu. De plus, nous entrons dans l’ère du Verseau et une page blanche se présente à nous. La génération d’aujourd’hui doit aller chercher certaines réponses car on ne les a pas encore trouvées. Il y a bien sûr déjà pleins de choses d’écrites et d’utilisées au niveau de l’inconscient collectif et des mythes, mais on doit se servir de cela pour créer quelque chose de nouveau. En effet, dans notre société, on ressent un certain chaos, on a perdu nos repères et les mythes peuvent servir à les retrouver. Il faut se servir de l’ancien pour créer du nouveau et pour que le féminin prenne totalement sa place. 

 

Comment t’est venue l’idée de travailler avec la mythologie ?

 

J’ai commencé à m’intéresser à la mythologie durant ma formation à l’astrologie. J’ai appris avec ma professeure d’astrologie et aussi grâce à Jung qui utilisait beaucoup la mythologie. Pour moi, il a été au fond des choses et il a alchimisé la mythologie, il l’a intégrée notamment grâce à son processus de rêve éveillé et aux mandalas. En effet dans les mandalas se trouve toute la mythologie d’une personne. J’ai aussi suivi une formation avec Pascale et Marc Polizzi qui se servent beaucoup de la mythologie et des théories de Jung. Mais, encore une fois, l’utilisation de la mythologie n’est pas systématique car tout le monde n’est pas en quête de sens. Certains ont des problématiques plus personnelles, comme un passage de vie difficile après un divorce par exemple, et ne recherchent pas forcément le sens de leur vie en général, mais une aide ponctuelle. Mais, lorsqu’on exploite les mythes, on enrichit aussi l’inconscient collectif et le monde.

 

Comment se déroule une thérapie type ?

 

Tout d’abord, durant la première séance, je fais le thème astral de la personne que je vais garder comme toile de fond pendant toute la durée de la thérapie. Cela m’aide énormément à voir comment fonctionne la personne et voir son mythe fondateur, son but de vie. C'est en lien avec son nœud nord. Je repère dans un premier temps tout ce qui peut bloquer chez cette personne. Ensuite je travaille sur son yang qui est souvent lié au père (dieu Zeus intérieur). En 2ème séance, on va chercher la mère Terre (Gaïa), sa propre mère intérieure. Tout passe toujours par la symbolique pour éviter que l’Ego ne prenne trop le dessus et intellectualise trop la séance. Le processus d’alchimisation du patient va se dérouler au moins sur une lune. Ce n’est pas quelque chose d’immédiat. Pour alchimiser le changement, je donne à mes patients des exercices à faire chez eux. En effet le changement passe aussi par le corps, par le mouvement. Ce n’est qu’à la 4ème séance que je propose le mythe fondateur aux patients pour qui c’est pertinent. C’est-à-dire les patients qui ont plus une problématique transpersonnelle. Seulement un tiers de population est là pour faire évoluer le monde et les deux tiers restants sont là pour maintenir l’équilibre. Voilà pourquoi tous mes patients n’ont pas besoin d’aller chercher leur mythe fondateur. Le but de la vie est de rayonner qui on est. 

 

Pour Joseph Campbell, "le mythe est l'ouverture secrète par laquelle les énergies inépuisables du cosmos se déversent dans les entreprises créatrices de l'homme", qu'en penses-tu ?

 

Pour moi, le mythe fondateur, c’est l’essence de la personne, son but de vie. Tout le monde peut être tous les mythes intérieurs mais un est plus prononcé et va se détacher des autres. Je suis d’accord avec cette citation mais, après, je pense que les choses s’affinent à cause du milieu social etc. Je pense aussi qu’il y a des incarnations et qu’il y a des bébés qui ont des Grands Rêves. Parfois il y a des enfants qui font de Grands Rêves liés aux mythes et donc ils ont une incarnation transpersonnelle, et donc très importante. Comme Gandhi, Mère Thérésa, par exemple. Il y a une forme de sacrifice, où les hommes vivent plus pour le monde que pour eux. Mais cela se sent dès l’enfance. Et, dans ce cas, cette personne n’a pas le choix. Soit cette personne devient un peu folle mais, si elle est aidée, elle peut vivre avec.

 

Merci, Florentine !

Marie PRINTEMPS

 

Pour en savoir plus sur Florentine MOURCOU, consulter son site : https://florentinemourcou.wordpress.com/