Bernard Chaumeil et ses Archétypes

Dans Mon Journal de Bord de Master, Marie Printemps partage ses rencontres avec les thérapeutes qui participent à ses recherches. Ses articles montrent à la fois son cheminement de chercheuse et permettent de découvrir le contenu de son travail et de celui, concret, de celles et ceux qui utilisent donc mythologie et archétypes dans le cadre de leur métier.  


Mon entrevue avec Bernard Chaumeil

 

10H30. Paris.

 

    Après avoir bravé les bouchons parisiens, la grisaille et le GPS, je suis enfin arrivée devant l’immeuble de l’association de la thérapie archétypale à Clichy. L’immeuble est ancien, je monte les trois étages, les marches craquent et gémissent sous mes pieds. Je reprends un peu mon souffle sur le pas de la porte qui était ouverte. À travers l’entrebâillement je sens les huiles essentielles et le thé. J’entends la voix de Bernard Chaumeil qui m’invite à rentrer et m’exécute timidement. Je rentre donc dans cet appartement peint tout de blanc, où l’odeur d’huiles essentielles se fait encore plus sentir. Bernard Chaumeil me fait rentrer dans son bureau et m’offre quelque chose à boire. J’ai à peine le temps de tremper mes lèvres dans le thé chaud qu’il s’installe en face de moi, derrière son bureau, en dessous d’une immense image d’un enfant bouddhiste avec une paire d’aile. Un ange très certainement qui doit apaiser les patients tant son regard clos et son visage semblent eux-mêmes d’une douceur et d’un bien-être infini.  À côté de nous se dresse une table de massage dont le thérapeute se sert pour pratiquer des massages énergétiques. D’ailleurs l’énergie qui circule dans cette pièce est sans nul doute positive et relaxante.

 

L’entretien

 

    Notre échange commence par cette question à la fois étrange d’un point de vue pragmatique et en même temps si importante pour le thérapeute qu’est Bernard Chaumeil : « De quel signe astrologique êtes vous ? ». Cela me déconcerte mais m’amuse en même temps ; je réponds donc : « Je suis Gémeaux. » Et quelle coïncidence, nous sommes du même signe et du même jour de naissance, avec quelques années d’écart quand même. Coïncidence ou signe, je ne sais pas, mais l’entretien démarre bien. C’est que Bernard Chaumeil est un homme assez bavard : en effet, lorsqu’il est passionné par ce qu’il raconte, il est difficilement arrêtable, mais sa voix profonde et grave nous transporte dans son univers et on aimerait qu’il ne termine jamais de parler.

    Je vous ai donc fait un récapitulatif des deux heures que nous avons passées ensemble, profitez-en et n’hésitez pas à réagir !

 

·      Qu’est-ce qu’un archétype pour vous ? Comment les avez-vous découverts ?

 

    J’ai eu une vie un peu particulière et riche en expériences. J’ai vécu une grande partie de mon enfance en Afrique. J’y ai fait mes études, et je suis devenu professeur de droit à la faculté, ce qui n’a rien à voir avec mon métier aujourd’hui ! En même temps j’ai été responsable d’un centre d’activités sportives et directeur d’agence de voyage… Mais à 33 ans j’ai entamé une formation en naturopathe que je n’ai jamais exploitée, et j’ai alors découvert la psychanalyse Jungienne. Parallèlement à cela, je faisais des massages ; et je voyais bien que mes massages déclenchaient des choses dites « anormales » chez mes patients. Certains avaient des réactions cutanées assez virulentes alors que je ne faisais rien de plus que de poser mes mains sur eux. C’est alors que j’ai compris que j’avais peut-être un petit quelque chose en plus que je devais exploiter. À ce moment-là je travaillais beaucoup en collaboration avec des médecins qui me recommandaient assez souvent à des enfants adoptés. J’ai donc observé chez ces personnes une problématique commune : le sentiment d’abandon. Je détenais là mon premier archétype : Abandon / Famille. Le deuxième archétype qui fut trouvé était celui du pardon etc. J’ai trouvé 22 archétypes mais je n’en utilisais que 14.

    Pour moi un archétype est une forme collective vivante. En effet, pour trouver ces archétypes, je me suis confronté à la souffrance humaine qui était la même partout. Quel que soit le pays où je me trouvais, la souffrance humaine était d’une part présente et d’autre part identique. C’est grâce à la pratique thérapeutique que j’ai réussi à déterminer au fur et à mesure ces 22 archétypes socialisés. Mon approche est totalement intuitive. J’ai intellectualisé l’intuition pour la rendre palpable et rationnaliser ce que je faisais d’irrationnel. Donc l’idée archétypale était là, mais avec une transgression de la définition habituelle des archétypes. Finalement, les archétypes de la thérapie archétypale que je pratique sont des archétypes abaissés vibratoirement à une réalité comportementale humaine.

 

·      Pouvez-vous expliquer la dynamique archétypale ? L’archétype est-il tout puissant ou est-ce un échange entre l’individuel et le collectif ? 

 

    Voici le va-et-vient de la métamorphose dans la conscience. On passe constamment de l’un à l’autre. Par exemple, la conscience individuelle est la conscience où toutes les choses se passent : si l’on comprend quelque chose dans cette conscience, on peut la transporter dans la conscience collective, et, de ce fait, nous faisons un va-et-vient dans tout cela.

    Et c’est ici que l’archétype va jouer. Non seulement il va jouer là-dedans mais, quand on arrive à la conscience individuelle, on va, de cette conscience psychique, rentrer dans le corps de la personne. C’est-à-dire que, de la conscience, on passe à la réalité corporelle de la conscience qui est le corps physique de la personne. Du coup, on touche aux organes, aux viscères, aux os, au sang, aux articulations, et, par conséquent, on touche aux maladies. On peut partir d’une maladie pour rejoindre un comportement, des émotions, des pensées et donc un archétype que vit la personne et vivent la planète et l’humanité ou le contraire. Il y a une véritable interaction. Le point commun dans ce yo-yo est vibratoire. Seulement la façon d’analyser la vibration va être soit intellectuelle soit énergétique selon les gens. 

 ·      À quoi servent les archétypes ? Où sont-ils ?

 

    Les informations qui durent à travers le temps sont là pour montrer comment fonctionne l’espèce humaine et dans quel scénario elle tombe régulièrement, quelle que soit la civilisation, quels que soient les folklores que l’on va lui rattacher. Il y a des comportements humains qui perdurent à travers les temps et dont il faut connaître les règles ; donc, on nous donne des exemples plus ou moins éloquents, plus ou moins folkloriques. Les archétypes sont dans l’inconscient collectif de la Terre ; ils se logent là. Nous avons une Terre avec une énergie, une vibration qui émane d’elle, du vivant de la Terre, et, dans les règnes principaux de la Terre, qui sont le minéral, le végétal, l’animal, émanent des vibrations en plus de celles de la Terre. Au-delà de ces énergies il y a l’espèce humaine qui dégage aussi des énergies en fonction de ses comportements et de ses émotions, et ça se loge dans les comportements humains qui se provoquent de civilisation en civilisation, ce qu’on appelle l’inconscient collectif.

 

·      Qu’est-ce que l’inconscient collectif ?

 

    L’inconscient collectif est une réalité humaine, c’est-à-dire que chaque être humain qui s’incarne sur terre traverse le champ de l’inconscient collectif ; il y adhère par amour pour la terre, même si son intention est de participer à un changement de conscience de l’humanité. Moi, en tant que thérapeute et énergéticien, j’ai logé dans un étage de l’inconscient collectif les archétypes socialisés. Je leur ai donné un vivant avec un pôle. C’est-à-dire un vivant négatif et positif, et, malheureusement, on constate analytiquement que le monde, la Terre, est branchée sur le vivant négatif. Il suffirait pour la même histoire, le même archétype, de se brancher sur le côté positif, sans rien changer d’autre.

 

·      Sur votre site vous parlez des archétypes liés à la nouvelle conscience : quelle est-elle ?

 

    Dans toutes les civilisations il y a eu des changements de croyances. Par exemple, à l’époque égyptienne on est passé du jour au lendemain, seulement par la parole d’un pharaon de droit divin, du paganisme au monothéisme. C’est énorme ! L’inconscient collectif alimenté depuis des siècles par une croyance polythéiste change du jour au lendemain pour une croyance monothéiste. Akhenaton a donc provoqué un changement de conscience de l’humanité. Jésus a fait la même chose en disant « vous croyez comme ça, ce n’est pas la bonne méthode, vous faites du mal, il faut croire autrement, vous ferez plus de bien ». Il est venu au départ pour dire : « arrêtez de vous faire du mal, pardonnez-vous ». De fait, Jésus est l’archétype du pardon. Il voulait montrer jusqu’où l’humanité était capable de se faire du mal. Par amour pour le peuple, il a montré jusqu’où l’humanité était capable d’aller et il a laissé le choix au peuple de s’arrêter quand cela était insoutenable. Tant pis si l’on va jusqu’au bout. Beaucoup de personnages sont venus comme ça, et il y a eu des bouleversements, des doutes profonds qui ont permis de croire en d’autres choses et ont remis en cause l’archétype de la foi.

    Nous sommes, en ce moment, dans un changement de conscience de l’humanité. Certains archétypes plus que d’autres sont bouleversés, et donc pratiqués pour pouvoir mettre de l’ordre. Par exemple, l’archétype paix / conflit qui est à l’honneur, car il y a trop de désordre dans notre soi et notre Je, dans notre âme et notre personnalité, notre corps et notre esprit, notre côté masculin et féminin.

 

·      La mythologie grecque est-elle initiatrice des archétypes ou est-ce encore plus vieux ? Joseph Campbell dans le livre Le héros au 1001 visages, dit : « Il ne serait pas exagéré de dire que le mythe est l’ouverture secrète par laquelle les énergies inépuisables du cosmos se déversent dans les entreprises créatrices de l’homme. » Qu’en pensez-vous ?

 

    Je suis totalement d’accord avec cela. Toute interprétation intellectuelle d’un grand savoir intelligent, puissant et bien alimenté ne reste qu’une interprétation d’une partie de la vibration de l’archétype. Les archétypes sont originels ; c’est d’ailleurs l’un des caractères des archétypes pour moi. Ils sont originels et nourris par les différentes civilisations, et donc réactivés à différentes époques. C’est pourquoi aujourd’hui on doit changer de croyance. Pour ce faire, l’archétype doute / foi est complétement ébranlé. Par exemple, dans l’inconscient collectif, on a une idée de Dieu. Toutes les religions ont le même nom pour désigner Dieu. Il y a donc, dans l’inconscient collectif, une forme pensée que la Terre a donnée au divin. Cela a apporté une réalité dense qui est représentée par différents groupes qui l’appliquent. Mais, au-dessus de cette forme pensée qui est installée dans l’inconscient collectif, il y a automatiquement autre chose. Il faut donc changer l’idée de Dieu que nous avons car elle ne convient plus à la maturité de cette planète. Il ne faut pas oublier que c’est un échange constant d’énergie entre la Terre, le collectif, et l’humain, l’individuel.

 

·      Et le tarot dans tout cela, il vous aide vraiment à soigner vos patients ?

 

    Le tarot que j’ai inventé se compose de 22 cartes. Chacune représente un archétype socialisé et polarisé. C’est-à-dire que nous avons sur une même carte le pôle négatif et le pôle positif.

    À chaque patient, je fais tirer 2 cartes, puis je fais la somme des deux, ce qui donne une troisième carte qui nous caractérise, et, à partir de cela, on fait la séance de thérapie. Parce qu’en fait c’est l’inconscient qui fait tirer les cartes aux patients. Par là, il exprime quelque chose que l’on a besoin de savoir.

·      J’ai testé pour vous et voici donc mon tirage :

 

    Sur chaque carte, nous observons bien la polarité de chaque archétype et leur dynamique verticale.

    Nous avons ici l’archétype de la joie / tristesse comme première carte tirée. Cela veut dire que vous n’êtes pas sur cette Terre pour être triste, mais pour être dans la joie. Le symbole du papillon sur la carte se transforme en un livre avec des pages blanches qui n’attendent plus qu’une nouvelle histoire.

    La deuxième carte tirée est celle du temps : patience / impatience. Elle indique qu’il est temps d’être dans la joie.

    La somme de ces deux cartes est égale à 19 : la carte de l’amour. Moi je l’appelle l’amour créateur : c’’est-à-dire que j’aime qui il faut, quand il le faut, le temps qu’il faut et de la manière qui convient.

(Bien entendu, ce n’est pas un tirage effectué lors d'une séance et Bernard Chaumeil ne m’a pas réellement analysée comme une patiente ; c’était juste un petit exemple pour matérialiser ses propos)

 

·      Une dernière question : quel est votre mythe préféré ?

 

    C’est une bonne question. Je ne connais pas tous les mythes qui existent, mais, d’après votre dernier article sur www.mytheetriteenpratique.com (à lire ici), je pencherais pour la Théogonie d’Hésiode. En effet, c’est un mythe qui est en permanence avec la dualité, et, comme je passe mon temps à réconcilier et à réunir les forces qui sont séparées, je trouve que ce mythe représente bien l’altérité et la dynamique que j’expose dans mon Tarot. Finalement, nous ne prenons place qu’à travers des vibrations : la nôtre, celles de nos proches (horizontalement) et celles qui font le lien entre la Terre et le Cosmos.

 

 

Merci à vous, Bernard Chaumeil !

Marie PRINTEMPS

 

 

 

 

 

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Pour en savoir plus sur Bernard Chaumeil, voir ses livres et son site cités en page d'accueil !

 

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O.T.


Réponses aux commentaires 

* Réponse de O.T. à Gaudin : on dirait qu'on a hâte d'interviewer le monsieur ! :-)

* Réponse de Bernard Chaumeil à Gaudin"Tout simplement parce que nous sommes sur la Terre et que nous sommes terriens et qu'il faut s'impliquer. Les archétypes sont des mises en scène et nous jouons des jeux de rôles (pas toujours drôles) par le biais des archétypes. C'est une application concrète du raisonnement logique. Dans l'archétype Amour/Haine, on se met en situation pour comprendre qu'on aime maladroitement et qu'il faut apprendre à mieux aimer."

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Commentaires: 1
  • #1

    Gaudin (lundi, 13 novembre 2017 13:51)

    Comment passe t-on de l'archétype collectif... à la terre... ??? L'archétype collectif c'est OK, tout être humain est sujet aux mêmes angoisses, sensations, vie/mort... mais pourquoi ce passage à la terre...
    Il y a un raisonnement logique qui m'échappe :)